L’arrestation helvétique de Roman Polanski

septembre 28, 2009

Roman Polanski est le sujet d’une vaste controverse. Cette affaire ne laisse personne indifférent, les positions sont tranchées et irréconciliables, les échanges vifs.

M. Polanski, a été arrêté par les autorités Suisse suite à un mandat d’arrêt des Etats Unis datant de 1978, les deux pays sont liés par un accord bilatéral d’extradition. Le motif de cette arrestation est qu’il est accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec une mineur de 13 ans après lui avoir fait consommer du champagne et de la drogue. Il a plaidé coupable, a fait 47 jours de prison – sachant que les faits peuvent être passible de 20 ans de réclusion -, et a quitté le pays lorsque le juge a laissé entendre qu’il pourrait le renvoyer en prison, pour ne plus jamais y revenir. Depuis il évite certaines destinations où il pourrait faire l’objet d’une extradition.

Après trois décennies, il a finalement été “rattrapé” par la justice.  L’homme est agé de 76 ans, la victime est aujourd’hui une mère de famille qui a “pardonné”, et ne souhaite plus que M. Polanski soit poursuivi.

Le fait est que, les poursuites pénales n’ont pas besoin d’une partie civile, d’un plaignant, le procureur a le pouvoir de poursuivre les comportements que la société ne peut tolérer. Est ce que les relations sexuelles avec des mineurs, fussent-ils consentants, sont tolérables ?

En France les faits seraient ne seraient pas prescrits, aux États-Unis et en Suisse, les atteintes sexuelles sur mineur sont imprescriptibles.

Ce qui est choquant, dans ce déferlement médiatique, ce sont les réactions et prises de positions en faveur de l’auteur présumé des faits. Les représentants du gouvernement ont d’ores et déjà pris parti,  le ministre de la culture évoque une situation “épouvantable”, tandis que  le ministre des affaires étrangères a déjà entrepris une démarche auprès des États-Unis. Les milieux artistiques et intellectuels ont lancé des pétitions, des appels pour sa libération, évoquant l’image de la Suisse qui, selon eux, ne sortirait pas grandi de cette affaire.

Effarant. Que le gouvernement, que des intellectuels, puissent s’offusquer de l’application de la loi, et pire,  soutenir que l’auteur présumé de relation sexuelle avec une mineure de 13 ans ne devrait pas être confronté à la justice ?!? Certains mettent en avant l’imprescriptibilité des faits ce qui ne permet pas de prendre en compte la réhabilitation de l’homme. Il faudrait ainsi “récompenser” les auteurs de faits réprimés par la loi parce qu’il ont réussit à échapper à la justice en fuyant leur pays. Quel est le message adressé aux citoyens ?

Quand les européens ont tendance à s’interroger sur cette arrestation, si longtemps après les faits, les américains se demandent pourquoi elle n’a pas eu lieu plus tôt. M. Polanski réside en France.

Cette polémique sur l’arrestation d’un auteur présumé d’acte grave est outrageante, le comportement des personnes s’offusquant de cette arrestation du fait des qualités prêtées à cet homme, est indigne.

Le 27 septembre 2009 l’auteur présumé de relation sexuelle avec une mineure de 13 ans a été arrêté par les autorités helvétiques, si la justice américaine le demande, il sera extradé et jugé, et cela, tous devraient s’en féliciter.

Suicidé

août 4, 2009

Honte à celui qui osera dire du mal d’eux. Ces pauvres âmes qui n’ont pu trouver la force de vivre, pire, qui se sont senti tellement acculé dans leur mal être, qu’elles sont parvenu jusqu’à la dernière des extrémité : arrêter de vivre.
Je n’ai aucune compassion pour les suicidés. La difficulté de vivre … il y a des gens qui se battent pour vivre, des gens qui veulent vivre. Par égard pour eux, on se doit de vivre, et avec joie encore. Qu’ils soient touchés par la maladie, qu’ils luttent contre la pauvreté, ils vivent, ils se battent jour après jour pour survivre.
Le suicidé lui est vivant, en bonne santé peut être, mais il vit, assurément, il veut mourir, et il y parvient. Grand bien lui en fasse. Si c’est ce qu’il veut, si c’est ce qui va le rendre heureux. Qu’il abandonne, qu’il arrête de se battre, contre ses démons intérieurs, contre l’adversité. Le suicidé est faible et lâche. De la tristesse sans doute, mais de la compassion, aucune. La sagesse populaire dit toujours que ceux qui souffrent sont ceux qui restent.
Et s’ils veulent mourir, et bien qu’ils meurent, mais utilement. Que cherchent ces suicidés qui se jettent sous les voies d’un train un vendredi en fin de journée. Départ de week-end. Oh grand dieu, il ose blâmer ces écorchés vif qui en perdant la vie, sont responsable d’un accident de personne et des perturbations de trafic y afférent. Mais oui, oui, et oui ! Il y a mille façons de perdre la vie, celle qui consiste à se jeter sous un train est loin d’être la plus … attrayante, à supposer que cette idée puisse l’être. Voir le train arriver, l’entendre, le bruit métallique des rails, le brouhaha, trouver la force de se jeter sous le train, au bon moment, le choc, les os broyés, qu’on ne me dise pas que ça donne envie. Il est tellement plus facile de se jeter d’un pont, d’un balcon, mourir sur le coup à coup sur, et avec un peu de chance la peur provoquera un arrêt cardiaque avant l’impact, du calme, de la sérénité, une belle mort en somme ? Ou les médicaments, partir en douceur, une overdose de morphine, un nuage de bonheur létal. Opter pour une chute ascensionnelle, sans parachute, profiter du spectacle, des sensations. Mais se jeter sous un train ?
C’est donc que ces bougres veulent qu’on les remarque, qu’on sache qu’ils sont partis, et le coup de feu du vendredi leur assurera la publicité qu’ils espèrent. Ils sauront, ils sauront qu’ils sont parti, des centaines, des milliers de personnes auront une pensée pour eux. A quel prix ? D’honnêtes citoyen, des travailleurs, qui ont organisé leur week-end, prévu de longue date, et qui vont manquer, qui un train, qui une réservation, qui une soirée … un moment de repos, très temporaire, si chèrement désiré qui sera écourté, entaché, annulé, par la seule et unique volonté d’un être égoïste qui a souhaité prendre en otage les passagers des rails.
S’ils veulent partir qu’ils partent, mais qu’ils n’espèrent pas qu’on s’apitoie sur leur sort. Ils l’ont choisi, chacun est libre de ce qu’il fait de sa vie. Ils ont eu la chance d’être en vie. S’ils veulent partir, qu’ils partent, mais utilement. Et pourquoi pas un centre d’aide au « départ » ? Un lieu où on les aiderait à réaliser leur souhait le plus cher, mourir, tout en rendant leur décision utile, un don, un don d’organe. Que leur choix, leur décision, leur fuite désespéré, puisse sauver des vies.
Et pourquoi pas leur prendre leur vie. Ils ne veulent plus vivre, soit. Qu’une organisation, ou qui de droit, s’approprie leur existence. Leur vie leur est indifférente, ils ne sont plus dignes d’en être le maître. Ils seraient envoyés aux quatre coin du monde, là ou l’on a besoin d’eux, là où ils seront utile. Aide humanitaire, école pour enfant, travaux d’aménagement, ce n’est pas le travail qui manque. Les travaux forcés pour les damnés, jusqu’à ce qu’ils retrouvent le goût de vivre.
Mais qu’on ne s’apitoie pas sur leur sort. Il n’y a rien de plus facile que mourir, on peut tous se laisser mourir. Le plus beau combat, c’est la vie.

Céline, “Voyage au bout de la nuit”

mars 14, 2009

Il était long ce livre. Toutes ces aventures ces péripéties … qui s’enchaînent à merveille. Toute cette vision du monde, toute ces réflexions, terriblement riches. Il lui en est arrivé des choses à Ferdinand, lui et son acolyte Robinson qu’il n’a eu de cesse de croiser aux quatre coin du globe. Il a vécu la guerre, jeune, savoir que sa vie ne vaut pas grand-chose, que l’honneur est une valeur surfaite. Puis il a été blessé de guerre, profitant des maigres avantages de son statut, trainassant ici et là. L’occasion d’avoir quelques maîtresse, que des officiers lui chipperont. Le voilà partie aux colonies, un nouveau monde ou tout est permis. Il déchantera bien vite, de la dureté de la vie, de la chaleur, des maladies, il tombera bien malade. Le voilà qui débarque aux Etats-Unis, encore et toujours des perspectives de faire fortune. Il ne s’y acclimatera jamais vraiment. Pourtant il en a fait des efforts, pour y rentrer, il était en quarantaine, ce n’était pas pour lui, il s’y est introduit en douce, il a vu New York, ses grattes ciel, il a travaillé chez Ford, amouraché d’une fille de petite vertu qui l’aimait grandement. Le mal du pays, il est retourné en France. A chaque étape, il aura croisé Robinson, aussi improbable que ce soit, à la guerre, aux colonies, dans le nouveau monde, il le suivait, voulait le suivre, lui qui saurait quoi faire, qui vivrait la grande vie. Voilà notre Ferdinand de retour dans son pays, en France. Il se remet à sa médecine, et la fini tout à fait, un médecin et un vrai. Il tente l’aventure de la clientèle, un commerce point lucratif, il vivote, végète, comme ses patients, il en perdra beaucoup des patients. Robinson vient le retrouver, avec des idées pas jolies en tête, le voilà adepte du crime, du petit crime, le crime crapuleux, l’assassinat de grand-mère, ça tourne au désastre il finit aveugle ou presque. On l’envoi à Toulouse. Ferdinand abandonne sa clientèle, pour se mettre au théâtre, il aura de grands intérêts pour les actrices et leurs faveurs, la grande vie. Ça ne durera pas, Ferdinand va visiter Robinson, lui et son amoureuse, dont il apprécie grandement les charmes. Puis de retour à Paris, il s’installe dans un asile, il y travaille, c’est l’un des médecins, qui a quelques privilèges avec les infirmières. Le patron leur abandonne son affaire, il est chef, patron, un petit bout de réussite en somme. Et puis Robinson revient. Ça tourne encore mal, son amoureuse le pourchasse. Elle finit par le tuer, Robinson, et c’est tout à fait mort qu’il finit. Tout à fait mort. C’est là que ça s’arrête … y a pas de morale à cette histoire, c’est une longue vie, pleine de péripétie, d’un homme qui s’y accroche à la vie, de ci de là, il fait son chemin, pas heureux, mais pas malheureux pour autant, il en a eu du bonheur, mais de la vacherie aussi. Le style de Céline … très haché, des virgules beaucoup, des phrases entrecoupées de virgule, des mots pas toujours très propres … de la franchise, de la vie, du réel.

Slumdog millionaire

février 11, 2009

Film adulé … Pour ma part j’ai détesté. J’ai adoré le détester. L’histoire est insupportable, tristement concevable.

L’Inde, trois enfants, deux frères, Salim et le cadet Jamal. Leur mère décède, guerre de religion, c’est Salim qui les sauvera. Enfants des rues, ils survivent tant bien que mal. Puis Ma’man, un « mécène », les prend sous son aile, sa petite armée d’enfant. Au lieu d’un humaniste, ils trouveront un simple caid du crime. Sa petite armée va mendier dans les rues, l’affaire est rentable. Faisant feu de tout bois, il va jusqu’à en rendre certains aveugle, le handicap apitoye aisément les passants, ils doublent le fruit de leur quête. Quand Ma’man demande à Salim d’aller chercher son frère, pour le rendre aveugle, ils s’échappent, grâce à Salim encore, mais il laissera la jeune enfant derrière eux, à dessein.

Les jeunes frères organisent leurs petites affaires, vente ambulante dans les trains, guide touristique, photographe … ils survivent. Jusqu’au jour où Jamal veut retrouver son amie. Jamal en la cherchant retrouve l’un des enfants de Ma’man, aveugle, chantant dans les rues. Puis il la retrouve, celle qu’il aime … danseuse, parmi les “professionnelles”.

Le retour en ville des deux frères n’échapent pas à Ma’man, il revient les surprendre en train d’enlever la fille, dont il a prévu de tirer profit de la virginité. Salim sort une arme, il l’abat. Le soir même, ils louent une luxueuse chambre d’hotel. Salim entend bien se faire rembourser de son acte héroique par la belle. Le petit Jamal se bat bec et ongle, Salim le menace … et le met à la porte …

Jamal fait son chemin, et fini dans un call center. Il recroise Salim plus tard, celui-ci est devenu l’homme de main du concurent de feu Ma’man. Cet autre caid a pris l’être cher de Jamal pour femme.

Jamal lui propose de s’enfuir. Elle vient au lieu de rendez vous, mais Salim, avertit, la ramène fidèlement à son patron, tout en lui balafrant le visage.

Jamal joue à qui veut gagner des millions, le présentateur est contre lui, et pourtant, il gagne … ce dernier l’a injustement dénoncé à la police pour tricherie, il est libéré à temps, pour la finale, il gagne.

Salim voyant son frère si prêt d’avoir une vie heureuse, rend sa liberté à la femme de son chef. Il risque sa vie, il va d’ailleurs la perdre, dans un cercueil de billet qu’il se sera confectionné en attendant sa prévisible punition.

Et le couple est enfin réuni.

Elle est horrible cette histoire. Toute une frange de la société indienne qui souffre, et Jamal, qui est l’espoir, il s’en est sorti, lui, et lui seul … Et Salim, qui a tout fait pour son frère, il voulait s’en sortir, quitte à se salir les mains, mais dés qu’il s’agit de son frère, il se sacrifierait … et pourtant, il lui a volé l’amour de sa vie … il a laissé l’enfant derrière eux lors de leur fuite … On ne le comprend pas, il est comme ça, la vie ne l’a pas épargné, c’est un dur, sans pitié, et pourtant c’est uniquement grâce à lui que son frère à survécut …

Elle est terrible cette histoire. Il y en a tant d’autres, et des bien plus tristes …

Albinos en Tanzanie

décembre 7, 2008

Des sorciers accordent de grands pouvoirs aux albinos. Non pas aux êtres, mais à leur chair, à certaines parties de leurs corps.

C’est ainsi qu’un albinos peut valoir 2 000€, en pièce détachée: mains, jambes, sang …

Et il y a des personnes qui donnent du crédit à ces croyances. Afin de trouver la richesse, elles alimentent ce commerce. Des humains, des hommes et des femmes, pire des enfants, sont tués, mutilés, estropiés, leurs tombes profanés, dans le seul et unique but de fabriquer une potion magique ou de lancer un sort de grande prospérité.

Comment est ce possible ?

Quand bien même le remède miracle existerait, qui peut être assez fou pour trouver la force d’amputer une enfant de ses jambes … alors qu’elle se tient là, juste devant lui, innocente … qu’est ce qui lui permet de faire ces atrocités ? Nier l’humanité de leur proie ?

Si seulement … si seulement on pouvait faire changer les mentalités …  mettre un terme à cette superstitions archaïque. Quitte à affirmer que ces potions portent malheur … mais qu’on arrête ces horreurs.

L’effet papillon, émission du 7 décembre 2008, canal +.

J’ai honte d’avoir été dans ce bus

novembre 30, 2008

J’avais passé une excellente soirée. Puis j’ai pris ce bus. Un bus de nuit. Il y en a toutes les nuits, et comme à chaque fois, un agent de sécurité assistait le conducteur afin de veiller à la sécurité des passagers. Cette nuit là, comme souvent, le bus était plein, pas un siège de libre, une vingtaine de personne debout dans le couloir. L’agent de sécurité était à l’extérieur du car, pour gérer un incident, et c’est à cet instant qu’un passager du fond du car, s’est fait sauvagement agressé par deux personnes. Le car était plein. Des gens partout. Chaque siège, chaque centimètre carré du couloir était occupé. Des dizaines de témoin de cette agression. Personne n’est intervenu. Personne n’a bougé. Deux agresseurs, une soixantaine de passager. Je n’ai qu’une piètre excuse, je dormais à l’avant du car, j’ai été alerté par les cris d’une demoiselle, une seule. Sur la dizaine d’homme présent au fond de ce car, à porté des agresseurs, pas un n’a bougé.

J’ai honte d’avoir été dans ce bus, de faire parti de ces gens, et pourtant ils ne se sont pas arrêtés là.

La demoiselle qui avait alerté l’agent de sécurité malencontreusement absent … a continué ses appels, alors que le car avait tranquillement repris sa route, jusqu’au prochain arrêt, avec un passager en sang. Les personnels ont compris la situation, la demoiselle avait alerté les pompiers, les prévenant de l’arrêt où la victime se trouvait. Puis elle a pris à parti les « hommes » qui ont assisté, impuissant, à l’agression. Elle les a molestés d’arrêt en arrêt, autant d’agression verbale, mais son émoi était tout légitime. Un innocent, victime d’agresseurs, sous les regards d’un public nombreux. Qui ne dit mot consent ? Un public qui a consenti d’assister à ce spectacle, gratuit.

J’ai honte d’avoir été dans ce bus.

C’est alors que le public s’est réveillé, importuné par les paroles véhémentes de l’unique citoyenne du bus, voilà qu’il s’est ligué contre elle, l’esprit de groupe a fini par se former, et voilà que les railleries fusaient à l’encontre de la « citoyenne ». Quand descendrait elle du bus, quand se tairait elle ? En effet, ses remarques étaient fort dérangeantes. C’est alors que le ton est monté, pour pacifier la situation, l’agent de sécurité a pris des mesures, il a fait évacuer la « citoyenne ». Le calme était revenu. La morale était perdue. La seule et unique personne qui s’est insurgé devant la barbarie et la violence de cette agression gratuite, a été évacué du bus, une mesure qui paraissait s’imposer … à croire qu’il en allait autrement des agresseurs qui ont pu commettre en toute tranquillité leur acte de violence, et descendre du bus sans être inquiété. Nul n’a prévenu la police. Nul ne sait ce que sont devenu les agresseurs ami du public. Nul ne sait si les caméras de surveillance du bus sont de la pure décoration, où si elles ont une utilité quelconque …

J’ai désespérément honte d’avoir été dans ce bus.

Le journal d’Anne Frank

octobre 7, 2008

Elle est horrible cette histoire. Elle est atroce, elle est désespérément triste.

Elle s’appelait Anne Frank. Elle vivait en Hollande avec sa sœur, son père et sa mère. Ils étaient heureux. Puis la guerre apparut. La seconde guerre mondiale. Et l’holocauste. La déportation, les camps, l’horreur.

Ils se sont cachés, deux ans durant. L’atelier d’Otto Frank, le père, comportait une annexe qu’il a eu la prévenance d’aménager. C’est là qu’ils ont vécu, pendant deux longues années. Eux, une autre famille, et un autre homme, huit personnes en tout.

Ils étaient confortablement installés, au vu des circonstances. Alors que des milliers de juifs disparaissaient, ils étaient ensemble. Seulement leurs conditions de vie devaient s’accommoder d’une certaine promiscuité. Les interdictions étaient légions, ne pas faire de bruit pendant les heures de travail des ouvriers, ne pas regarder par la fenêtre, ne pas tirer la chasse d’eau … ne pas vivre, ne pas respirer. Mais ils étaient bien vivants. Leurs complices les ont servi durant ces deux années, à leur apporter des vivres, et des livres pour les enfants, et tout ce qu’ils pouvaient. Ils avaient même une radio pour écouter la BBC.

Cette maison, dans laquelle ils ont vécu, je l’ai vu, je l’ai visité, j’étais dans la chambre d’Anne, j’ai vu les photos des stars de cinéma accroché à son mur, j’ai gravi cette escalier raide, je suis passé par cette porte dissimulé derrière la bibliothèque … On avait beau nous dire, on avait beau savoir que des gens avaient vécu ici, que tant de gens avait vécu dans ce si petit espace, huit âmes qui ont du s’entrechoquer pendant ces longues années … on l’entendait, mais c’était difficile à imaginer. Ce film … les voir évoluer, tous les huit dans cet espace confiné … voir ces mêmes pièces que j’ai vues, voir ces lieux que je trouvais grand, puisque vidé de meuble, bondé de touristes … ils étaient là, ils y ont réellement été, ils y ont réellement vécu.

Anne dans tout ça, c’est une adolescente, une fille de 13 ans qui grandit, et qui écrit son journal, qu’elle surnomme Kity. Elle y vit ses premiers émois avec le fils de l’autre famille. Elle a un esprit piquant et vif, elle est espiègle et veut être écrivain.

Ils survivent deux ans ainsi, bon gré mal gré, avec des disputes de voisinages, la cohabitation est parfois difficile, Otto est toujours au dessus de ces querelles, la sœur d’Anne également, ils cherchent à pacifier cette étrange maison.

En 1944 le débarquement. Ils se mettent à rêver. Depuis qu’ils subissent les bombardements, qu’ils attendent les Alliés, les voilà enfin. Chaque jour ils s’attendent à être délivrés. Chaque jour qui passe. Les mois défilent … la fin est proche, les Alliés ne cessent de progresser.

C’est là qu’ils sont découverts. Alors que les allemands reculent, qu’ils perdent des territoires, qu’ils devraient concentrer tous leurs efforts à défendre leurs positions, ils persistent et s’acharne à finir ce qu’ils ont commencé. Le Reich s’écroule, mais il emporte avec lui autant de victimes que possible. Il emporte cette famille, cette famille qui a pour seul crime d’être juive.

Le timing n’a pas été bon, quelques semaines, quelques mois et ils étaient sauvés, ils auraient pu reprendre leur vie, redécouvrir les joies de boire du vrai café, de se promener dehors … quelques semaines. Il en a été autrement, tous déportés.

Ils sont tous morts, tous sauf Otto. Cet homme, ce pauvre homme, a survécut, à toute sa famille. Je ne peux imaginer de pire châtiment. Lui qui avait tout fait pour se cacher, pour protéger sa famille de ces ignominies, il a survécut à Auschwitz, il a survécut à l’innommable, mais pas sa famille. Ses filles ont péri quelques semaines avant la libération de leurs camps. Encore une histoire de semaines. La chance n’était pas avec eux, le sort s’acharne. Seul, il a du se retrouver seul après ces massacres sans nom et sans raison, désespérément seul face à la vie, en ayant perdu les êtres qui lui était cher.

Quant on arrive à accepter l’holocauste, cette entreprise méticuleuse de destruction d’une partie de l’humanité, qu’on parvienne à concevoir que des esprits faibles puissent accepter cela, et réussisse à le mettre en œuvre – nous sommes déjà dans un haut degrés d’abomination – alors mon esprit ne peut accepter ces détails qui leurs ont coûté la vie, à eux et à tant d’autres. Quelques semaines, quelques jours, quelques heures et il en aurait été autrement, et ils auraient vécut. Anne aurait publié elle même son journal, elle aurait fait le tour du monde à conter son histoire, la vie dans cette maison miniature, ce jeu de dînette grandeur nature, et puis elle aurait écrit d’autres livres, piquant au vif l’esprit du lecteur par son regard sur le monde. Elle aurait vu ses parents vieillir, sa sœur, et elle aurait vécu sa vie.

Il n’en a pas été ainsi, simple hasard, simple malchance. Il ne faut pas chercher la moindre trace de logique, le moindre raisonnement, il en est ainsi … c’est le plus grand désarroi, l’impuissance, l’incompréhension, il n’y a rien à comprendre, la vie n’a pas de sens.

Le mannequin d’Edward Weston

septembre 28, 2008

Le photographe Edward Weston (Allemagne, 2004, 26mn) Réalisateur: Sabine Pollmeier Arte, dimanche 28 septembre 20h15.

Un reportage aussi sympathique que furtif. On y voyait une vieille dame raconter quelques anecdotes de sa vie, et des clichés. Des photos d’une jeune femme magnifique, et cette jeune femme, c’était elle, la vieille dame. Du haut de son grand âge, elle nous contait quelques anecdotes lorsqu’elle posait pur ce photographe.

C’était attendrissant, c’était … c’est ça le temps. Pas de ravage ici, elle était diablement vive d’esprit, mais elle avait vieilli. Ancien objet de désir … aujourd’hui honorable vieille dame.

C’est toujours étrange, c’est la même personne ; pourtant si différente de ce à quoi elle ressemblait … et toujours la même.


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